Bouchon de liège ou capsule à vis?

Le bouchon de liège reste le must chez les Grands Crus Classés © Markus Mainka

On a retrouvé une amphore bouchée au liège du Ve siècle avant JC.Produit naturel, il fait un bruit magique au sortir du goulot, et son efficacité à protéger un vin durant plusieurs décennies n’est plus à démontrer. 

Mais il a deux défauts: une molécule (TCA) peut contaminer le liège et donner un goût infect au meilleur des nectars (3 à 5% des bouteilles mises sur le marché). De plus, certains bouchons sont moins hermétiques que d’autres, leur fiabilité avec l’âge peut poser problème.

Face au bouchon, la capsule à vis en aluminium manque d’élégance. Elle craquette à l’ouverture mais permet de se passer de tire-bouchon, referme parfaitement la bouteille et évite le goût de bouchon (sauf en cas de fût contaminé par le TCA, fait rare et désolant!). 

Autre avantage, la capsule ne craint pas le dessèchement, les bouteilles peuvent donc être conservées debout, et, contrairement au bouchon synthétique, son étanchéité n’est jamais prise en défaut. Mais quelles influences sur l’évolution du vin? 

Dégustation à l’aveugle
Un spécialiste des capsules à vis, Stelvin, a organisé une dégustation à l’aveugle de 3 vins identiques, l’un bouché avec capsule à vis, l’autre avec le classique bouchon de liège. 

Les Vins à goûter, chacun en 2 exemplaires, vis et liège:
– Nuits-Saint-Georges blanc 1er cru Les Terres Blanches, 2005
– Le même, 2007
– Saint-émilion grand cru, Château Vieux Larmande 2003

1er round: Nuits-Saint-Georges blanc 2005:

La robe est identique.

Pastille rose: le nez n’est pas net, le vin a besoin de respirer. Après aération, les arômes citronnés sont dominés par le boisé de l’élevage. En bouche, vin est onctueux, mais à finale peu agréable, encore marquée par le bois.

Pastille violette: nez moins expressif, mais le bois est plus fondu. Notes d’agrumes, de pain frais et de crème. Bouche précise qui s’achève sur des agrumes.

Unanimité pour la pastille violette: version bouchée au liège. 

2e round: Nuits-Saint-Georges blanc 2007:

Robe identique, à peine plus soutenue (signe d’évolution) pour la pastille verte.

Pastille orange: nez ouvert, plein d’agrumes et de fleurs. En bouche, acidité très marquée et  arômes de bois.
Pastille verte: nez identique mais plus en retenue. En bouche, acidité plus agréable, les arômes plus floraux et finale beurrée.

Les 10 participants sont plus divisés. Majorité pour la pastille verte, version bouchée au liège. 

3e round: Saint-émilion 2003:

Robe semblable, légèrement plus sombre pour la pastille orange (mais l’éclairage de la cave est inégal).

Pastille bleue: nez frais, évolution assez légère, arômes de fruits rouges, de bois patiné, de cuir très discret. En bouche, vin ample, finale  longue à sensation de cacao.
Pastille orange: Nez est plus évolué, plus profond. Notes animales, de cuir. En bouche, les  tanins sont davantage patinés mais partent un peu dans tous les sens.

Décision partagée­: moitié, moitié. 

Qu’en conclure?
Les différences d’évolutions sont marquées, mais, dans deux cas sur trois, les préférences divergent. Les vins encapsulés semblent avoir évolué moins rapidement que les bouchés. Un vin sous capsule pourrait-il se conserver plus longtemps? 

La méthode est largement employée en Suisse. Dans le monde, sur 18 milliards de bouteilles, 4 milliards ont des capsules. 
Demain? Le rituel du débouchage n’y est pas, mais un argument pourrait peser dans la balance: la capsule permettrait de réduire fortement la dose de soufre (SO2) ajoutée au vin pour le protéger d’une oxydation précoce.

JC Genoud-Prachex

Photo: Le bouchon de liège reste le must chez les Grands Crus Classés © Markus Mainka