Dany Gignoux, Georges Haldas. Café genevois, la vie même. Une exposition à voir à la Bibliothèque de Genève – Bastions

Dans le parc des Bastions, la Bibliothèque de Genève offre un accrochage public, gratuit, consacré à une exploration de la vie des cafés genevois dans la seconde moitié des années 1970. Littérature et photographies sont au rendez-vous, grâce aux archives de deux personnalités : le chroniqueur-poète Georges Haldas et la photographe Dany Gignoux.

Genève dans les années 1975-1980

Dans un cadre encore fortement réglementé par la clause du besoin, l’introduction du « service compris » (1974) ou l’ouverture du premier McDonald’s à Genève (1976) témoignent des mutations de la restauration qui accompagnent la fin des « Trente Glorieuses » sur fond de forte inflation à la suite du choc pétrolier de 1973. Ce secteur d’activité emploie (avec l’hôtellerie) plus de 10'000 personnes soit 5 % des emplois du canton de Genève en 1975. 

Contexte de crise donc. Le PIB genevois s’effondre en 1975 dans une proportion inédite et jamais rééditée depuis, que ce soit lors de la crise des subprimes en 2008 ou lors de l’épidémie de covid en 2020. Cette crise économique s’accompagne à Genève d’un phénomène historiquement rare, lié aux mesures fédérales visant à réduire la population étrangère, essentielle dans la restauration (60 % des employés) : le solde migratoire cantonal est négatif en 1975 et 1976. Après un premier échec en 1974, l’Action nationale (J. Schwarzenbach et V. Oehen) relance deux initiatives contre « l’emprise étrangère », balayées en 1977. Toutefois, dans une société qui prend conscience des réalités écologiques et se met à douter de sa faculté à transformer le « progrès » en avenir radieux, la sécheresse et canicule couplées à la catastrophe de Seveso de 1976, pourraient constituer le symbole d’une époque fébrile qui entrevoyait déjà des changements globaux dont nous sommes désormais tous et toutes témoins et acteurs. 

Deux chroniques des cafés en état de poésie

C’est dans ce cadre que deux figures de la culture genevoise, le poète Georges Haldas (1917-2010) ainsi que la photographe reporter Dany Gignoux (1944-2025) s’intéressent à la vie des cafés genevois, lieux simples et populaires dont ils font la chronique, chacun à leur manière. 

En pleine maturité, G. Haldas, qui a passé sa vie au bistrot, publie La Légende des Cafés (1976), un récit sous forme de promenade intime et quasi métaphysique dans Genève souvent liée à des souvenirs de l’entre-deux-guerres. Cette œuvre qui sert de fil rouge à l’exposition est l’occasion de redonner vie par les mots aux sensations anciennes et à la fraternité silencieuse des cafés. Une prose poétique qui confronte, sans nostalgie, l’âpreté à la beauté des relations humaines qui se forgent en ces lieux entre tenancier, serveurs et clients, narrateur compris. 

Quant à la jeune D. Gignoux, elle réalise divers reportages, des commandes pour les médias mais pas seulement, saisissant les ambiances contrastées de ces lieux accueillant toutes les générations. Symboliquement, ses derniers clichés sur les cafés sont dédiés à l’incroyable fête en l’honneur d’Olga Venturi, patronne du mythique café Monney au boulevard de la Cluse qui ferme ses portes en 1983.

La Bibliothèque de Genève, lieu de préservation de leurs archives, présente conjointement, mais dans le respect de leur vision littéraire d’un côté et visuelle de l’autre, des documents et photographies qui témoignent d’un monde disparu, saisi avec empathie, compassion même, toujours avec tendresse. Instants de vie remémorés et transfigurés par le poète, instants de vie saisis par l’objectif de la photographe dont l’œuvre, associée d’abord aux portraits d’artistes des grands festivals de musique (Paléo, Montreux), révèle ici toute sa force par sa diversité.

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