Drame de Crans-Montana

« Nous sommes tous en soutien avec les familles qui souffrent »

L’incendie qui a ravagé un bar de la station valaisanne à l’aube du 1er janvier a bouleversé la Suisse et le monde entier. Président de la Société des Cafetiers, Restaurateurs et Hôteliers de Genève, Laurent Terlinchamp a été profondément marqué par cet événement tragique. Au-delà de la sympathie exprimée envers les jeunes et les familles meurtries, il tient à rappeler que la Suisse dispose de la formation la plus exigeante au monde pour les exploitants d’établissements accueillant du public, ainsi que de normes très strictes. L’enquête pénale déterminera, quant à elle, ce qui n’a pas fonctionné, et établira les éventuelles responsabilités.

Le 1er janvier a été marqué par la tragédie du bar Le Constellation à Crans-Montana qui a fauché 40 jeunes, dont 20 mineurs, en pleine nuit du Réveillon de la Saint-Sylvestre et en a blessé 116 grièvement. En tant que Président de la Société des Cafetiers, Restaurateurs et Hôteliers, comment avez-vous vécu ce drame ?

Laurent Terlinchamp : En tant que parents et restaurateurs, nous sommes tous touchés profondément par ce drame qui a une résonance planétaire, et qui s’est déroulé dans un temps qui aurait dû être festif. Nous sommes abasourdis et avons du mal à prendre conscience qu’un tel drame puisse arriver chez nous, que 40 gamins sont morts, dont de nombreux mineurs, sans compter les blessés qui souffrent dans leur chair. Nous ne pouvons qu’assurer notre soutien respectueux aux familles, et également à tout un secteur économique touché profondément par ce drame qui est arrivé en Valais. Nous ne pouvons pas nous empêcher évidemment de nous projeter et de nous dire : mais qu’est-ce qu’on aurait pu faire de mieux ? Nous sommes tous submergés de sentiments mélangés entre empathie, incompréhension, stupeur et révolte. 

L’instruction pénale est toujours en cours. Elle devra déterminer les causes de cette tragédie et les éventuelles responsabilités. Il semblerait que des bougies pyrotechniques fixées sur des bouteilles de champagne aient bouté le feu au plafond de l’établissement. Ces bougies ont-elles leur place dans des milieux fermés ? Sont-elles utilisées à Genève également ?

L. T. : Ces bougies sont utilisées partout dans les lieux festifs, en Suisse et à l’étranger. Ce qui semble poser problème dans le cas de Crans-Montana, c’est la proximité de la flamme avec le plafond, et peut-être aussi la nature du plafond. Ce que l’enquête doit déterminer. Ceci étant dit, peut-être qu’il faudra étudier d’autres systèmes comme des bougies LED en intérieur. 

Plusieurs patrons de bars ont été interviewés dans les médias sur les normes de sécurité applicables à leurs établissements. Les contrôles sont-ils suffisants ? 

L. T. : Les établissements recevant plus de 100 personnes sont soumis à des contrôles extrêmement stricts, notamment les discothèques. Mais aujourd’hui on assiste peut-être à un mélange des genres. Si un établissement a une autorisation d’exploiter comme bar et qu’il œuvre comme discothèque en accueillant un grand nombre de personnes, on a un réel problème. Les matériaux utilisés et les sorties de secours ne sont alors pas adaptés à ce type de commerce. 

Quid des contrôles des établissements ? 

L. T. : En Suisse, il n’est pas possible d’ouvrir un établissement sans avoir passé avec succès toute une série de contrôles très stricts par divers organes officiels. À Genève, la Police du feu est en charge du contrôle des établissements. Nous n’avons pas un problème de normes et de réglementation, mais de respect des normes et de contrôle de leur application.

Les tenanciers d’établissements publics sont-ils suffisamment formés au risque incendie ? 

L. T. : La formation demandée en Suisse pour un cafetier-restaurateur est l’une des plus exigeantes au monde. Rien que pour la protection en matière d’incendies, nous emmenons nos étudiants à la caserne des pompiers de Bernex. Ils y apprennent concrètement le dispositif à appliquer en cas d’incendie et à éteindre un feu qui pourrait survenir dans leur établissement. Les exploitants sont ensuite en charge de former leur propre personnel.

Les exploitants se plaignent souvent de la complexité des normes à respecter. À votre avis, sont-elles suffisantes aujourd’hui ? 

L. T. : Nous faisons face à un drame terrible. Il est important de préciser que la grande majorité des professionnels qui pratiquent nos métiers en Suisse le font correctement. Les responsabilités seront établies au terme de l’enquête pénale. Si des compléments de réglementation s’avèrent nécessaires, ils seront mis en place de concert avec les autorités. La loi genevoise sur la restauration, le débit de boisson, l’hébergement et le divertissement (LRDBHD) est actuellement en cours de révision. C’est un travail collectif qui implique toutes les parties prenantes. Tous les acteurs peuvent s’exprimer sur ce qui peut être amélioré.   

Bon nombre de victimes de Crans-Montana étaient mineures. Étaient-elles autorisées à fréquenter cet établissement ? 

L. T. : Pour entrer dans une discothèque, il faut avoir 18 ans. En revanche, un mineur peut accéder à un bar à Genève. Dès 16 ans, il a le droit de consommer de la bière et du vin. En dessous de 16 ans dans notre canton, il doit être accompagné d’un adulte responsable. La justice valaisanne devra établir si ses lois ont bien été appliquées dans le cas d’espèce.

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