Situation sécuritaire du G7 d’Evian - Interview de Monica Bonfanti

A quoi devons-nous nous attendre durant le G7 ? La commandante de la Police genevoise répond aux nombreuses inquiétudes sur le sujet et annonce la mise en place d’une ligne verte dédiée aux questions en lien avec l’évènement.
Quelles sont les mesures de sécurité qui seront prises pour éviter une répétition des évènements du G8 de 2003 ?
Monica Bonfanti : Le dispositif prévu pour 2026 s’inscrit dans la continuité de l’expérience acquise, tout en reposant sur des capacités sensiblement différentes de celles déployées en 2003. Là où la coordination intercantonale se construisait alors en grande partie au cas par cas, elle s’appuie désormais sur un mécanisme IKAPOL consolidé, permettant un engagement coordonné, fluide et harmonisé des polices cantonales en appui. Ce renfort, auquel s’ajoute celui des agents des polices municipales, contribue à assurer un niveau de sécurité en adéquation avec l’ampleur de l’événement, grâce à une présence renforcée sur le terrain. Les effectifs engagés interviennent sous la conduite des autorités genevoises, dans le respect de procédures harmonisées à l’échelle nationale, illustrant ainsi la solidarité et la capacité d’action conjointe des polices suisses face à des événements d’envergure internationale.
La coopération transfrontalière a elle aussi été profondément renforcée, notamment au travers du Centre de coopération policière et douanière ainsi que des structures de liaison permanentes avec nos homologues français.
D’autre part, les enjeux sécuritaires en 2026 diffèrent de ceux de 2003 : les dimensions liées au cyberespace, à la surveillance de l’espace aérien face aux drones, à la prise en compte des menaces hybrides et à l’analyse en temps réel des réseaux sociaux sont désormais pleinement intégrées au dispositif. Les cantons de Genève, Vaud et Valais, en lien avec leurs partenaires fédéraux et français, ont acquis au fil des grands événements organisés depuis plus de vingt ans une solide maîtrise des mécanismes de planification, de conduite et de coopération, permettant aujourd’hui d’aborder ce Sommet avec un niveau de préparation nettement renforcé.
Fort de son expérience dans la gestion de manifestations internationales d’envergure, le canton de Genève s’appuie sur des dispositifs éprouvés, incluant l’analyse de scénarios, la mobilisation de ressources humaines et matérielles adaptées ainsi que l’activation de mécanismes de coopération transfrontalière. L’objectif est de prévenir les débordements et de garantir un encadrement sécuritaire proportionné à l’importance de l’événement.

Est-ce que les commerces du centre-ville, parmi lesquels les cafés-restaurants, doivent craindre d’éventuels débordements ?
M. B. : À l’heure actuelle, l’analyse des risques menée par la police ne permet pas encore de définir de manière précise les mesures opérationnelles à déployer. Aucun élément concret ne permet, à ce stade, d’identifier des menaces spécifiques ni de formuler des recommandations particulières à l’attention de la population ou des acteurs économiques du canton.
La police assurera ses missions de maintien de l’ordre ainsi que de protection des personnes et des biens.
Les organisateurs de manifestations, tout comme les acteurs économiques (commerces, restaurants, hôtels), restent responsables des mesures de sécurité propres à leur activité ou à leurs installations. En cas de dommages matériels, ceux-ci seront, en principe, pris en charge par les assurances des personnes ou entités concernées, et les auteurs identifiés pourront être poursuivis sur les plans civil et pénal. Les mesures préventives mises en œuvre par des acteurs privés, telles que la sécurisation des vitrines ou l’installation de dispositifs anti-effraction, relèvent en règle générale de leur responsabilité et sont assumées à leur charge.
Quelles mesures doivent-ils prendre pour sécuriser leurs locaux ?
M. B. : Une protection efficace repose avant tout sur une anticipation en amont. Il est recommandé de s’informer sur les dispositifs existants, de maintenir un lien régulier avec les autorités locales ou la commune et d’identifier les risques potentiels à proximité de son activité, afin d’adapter son organisation en conséquence.
Il convient de sécuriser les accès, de limiter l’exposition des objets de valeur ainsi que le mobilier de terrasse et, si nécessaire, de mettre en place des dispositifs de protection temporaires. Il est également opportun de vérifier sa couverture d’assurance en cas de dommages liés à ce type de situation.
En cas de tensions ou de rassemblements, la priorité doit être donnée à la sécurité, en évitant les zones à risque et en se conformant aux consignes des autorités. La police interviendra de manière proportionnée afin de garantir la préservation de l’ordre public.
Est-ce que l’Etat prendra en charge les mesures de sécurisation (palissades anticasseur) dans les lieux sensibles ? Quid d’une éventuelle indemnisation en cas de dégâts ou de perte de chiffre d’affaires ?
M. B. : Les autorités peuvent émettre des recommandations et coordonner certaines actions dans des périmètres déterminés, mais les dispositifs de protection mis en place à titre préventif par des acteurs privés ne sont, en règle générale, pas financés par l’État. Selon les cas et les garanties d’assurance souscrites, une prise en charge partielle de certains frais peut intervenir. Toutefois, sauf situation particulière ou décision exceptionnelle, ces coûts ne relèvent pas de la collectivité publique.
Y aura-t-il un moyen de contacter la Police rapidement ? Par exemple via une ligne verte ?
M. B. : Oui, une ligne verte sera ouverte en amont, dès le début du mois de juin, avec un numéro d’appel gratuit destiné aux questions en lien avec l’événement (0800 902 456). En cas d’urgence le 117 reste la porte d’entrée pour toute sollicitation.
Le Conseil d’Etat a annoncé la fermeture de frontières pour l’événement du G7, quelles sont concrètement les mesures qui seront prises et comment la police compte s’y prendre pour les contrôles aux frontières ? A quoi doivent s’attendre les citoyens ?
M. B. : Le Conseil d’Etat n’a pas annoncé une fermeture complète des frontières, mais un renforcement temporaire et ciblé des contrôles dans le cadre du dispositif sécuritaire du G7. Concrètement, du 12 au 18 juin, le franchissement de la frontière franco-genevoise sera uniquement possible par les postes d’Anières, Moillesulaz, Thônex-Vallard, Bardonnex, Perly, Meyrin et Ferney-Voltaire. Les passages par les gares de Cornavin et d’Annemasse resteront également autorisés, tout comme l’aéroport de Genève. Tous les autres points de passage seront fermés au trafic, y compris pour les déplacements à pied, à vélo ou par voie lacustre.
Ces points de passage feront l’objet de contrôles permanents, 24 heures sur 24, assurés par l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), avec l’appui des forces de police engagées pour l’événement. Des vérifications d’identité et des contrôles de véhicules pourront être effectués en fonction de la situation sécuritaire et des flux observés. L’objectif est de garantir la sécurité du sommet tout en maintenant les déplacements indispensables, notamment pour les services essentiels et les infrastructures critiques, qui bénéficieront d’un système d’accès prioritaire par macarons.
Les autorités prévoient d’importants ralentissements sur les axes menant à la frontière française et recommandent à la population comme aux entreprises d’anticiper leurs déplacements, de limiter les trajets non essentiels et de privilégier le télétravail lorsque cela est possible.
Ne sacrifions pas (encore) l'hotellerie restauration
Si le retour d’expérience de 2003 et le dispositif policier annoncé semblent à la hauteur de la situation, tel n’est pas (encore) le cas des décisions politiques annoncées par le Conseil d’Etat lors de son point presse du 13 mai 2026. En l’état, nous ne pouvons que regretter l’absence de mesures concrètes de soutien aux entreprises en général, et au secteur de l’hôtellerie-restauration en particulier. C'est la raison pour laquelle nous appelons les autorités à ne pas attendre plus longtemps pour mettre en place un dispositif global. Celui-ci doit comprendre un mécanisme d’indemnisation dédié aux établissements qui subiraient des dommages matériels ou une perte d'exploitation consécutive aux mesures de sécurité ou aux troubles à l'ordre public, ainsi que la prise en charge des coûts de sécurisation passive (palissades anticasseurs) engagés par les commerçants dans les zones à risque.
Manifester contre la globalisation de l’économie et ses excès est une chose, détruire l’économie locale de proximité en est une autre. Nos établissements, déjà fragilisés par le contexte économique actuel, ne peuvent pas servir une nouvelle fois de variables d'ajustement.
S. B.




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