Vins du Valais « Nous devons être à l’écoute de la restauration »

Dès janvier 2027, Vincent Baud pilotera l’IVV après 16 ans de direction de Gérard-Philippe Mabillard. Issu de la finance, écrivain à ses heures, et passionné de musique, l’homme bénéficie d’un large réseau en Suisse romande.
Il en est convaincu : les vins valaisans sont compétitifs et peuvent gagner en visibilité hors canton et à l’international en renforçant la proximité avec les restaurateurs, en structurant une communication sur les prix et la qualité, et en nouant une coopération interrégionale avec les différentes interprofessions de la vigne et du vin des cantons de Vaud, de Genève et de Neuchâtel. Interview.

Lorsqu’on fréquente les établissements du bout du lac, on est frappé de ne trouver que très peu de vins valaisans à la carte. À l’exception des vins genevois, les crus étrangers se taillent souvent la part du lion. Quelle stratégie souhaitez-vous appliquer pour mieux valoriser les vins valaisans, au-delà des frontières cantonales et nationales ?
J’ai vécu de longues années à Genève. À l’époque, nous pouvions compter sur la diaspora valaisanne, plus proche des restaurateurs, qui était demandeuse de nos crus. Le paysage de la restauration a aujourd’hui beaucoup changé. Nous devons retourner vers les restaurateurs pour comprendre leurs attentes et parler de l’excellence de nos vins, régulièrement distingués au niveau national et à l’international. On doit aussi engager un dialogue sur le format des bouteilles. Les 70-75 cl ne sont plus forcément adaptés au mode de consommation actuel.
Il m’est arrivé de payer 26 francs pour un verre de Petite Arvine dans un bar d’hôtel genevois. Les vins valaisans ne sont-ils pas trop chers ?
Je suis choqué par un tel prix ! Sur les 44 vins valaisans nominés au Grand Prix des Vins Suisses cette année, 12 sont à moins de 20 francs la bouteille et 7 à moins de 15 francs. Au concours de Bruxelles, un vin valaisan à moins de 10 francs a même reçu un Grand Or. On peut trouver des flacons d’excellente facture dans nos caves à 10-11 francs, hors rabais restaurateur. Si l’on va dans le haut de gamme, nous proposons des Syrah et des Cornalin aux alentours des 20 francs, nettement moins chers que certains vins étrangers très cotés pour une qualité égale, voire supérieure.
Mais il y a un problème structurel de baisse de la consommation. On ne peut pas forcer les gens à boire…
Pour moi, le problème est avant tout sociétal. Durant la crise viticole de 1926 déjà, on accusait le cinéma et la radio de détourner les gens des bistrots. Le temps de cerveau, ou la disponibilité des gens, est devenu le combat du XXIe siècle. Nous devons agir de concert avec les restaurateurs pour détourner les gens des algorithmes. Proposer des moments de joie et de convivialité, créer des expériences et des narratifs pour mieux attirer la clientèle au restaurant.
Dans l’émission Temps Présent du 3 septembre dernier, on a pu voir que les vins romands ne sont pas très prisés en Suisse alémanique. Leur qualité n’a pas forcément bonne presse auprès de certains acheteurs qui sont aussi des importateurs… Or, ce marché est vital pour augmenter la part de consommation de vins indigènes dans notre pays. Comment faire ?
Il y a actuellement tout un débat au niveau fédéral sur les quotas d’importation conditionnés à la vente de vins suisses et dans lequel nous allons nous engager avec force. Dire qu’il n’y a que quelques caves de Suisse romande qui font du bon travail et méritent leur place dans les assortiments proposés à la vente outre-Sarine est totalement faux. On ne parle pas assez des marges élevées sur les vins étrangers qui enrichissent importateurs et revendeurs. Les vignerons romands se sont adaptés aux tendances en élaborant notamment d’excellents rosés, des effervescents, des rouges plus légers. Nous devons nous unir pour le faire comprendre aux Suisses alémaniques et prioriser ce marché.
Quid du millésime 2026 ? Faites-nous un peu envie…
Ce sera un millésime splendide, comparable à 2003 et 1947. Le climat chaud et sec nous a donné des raisins moins juteux, mais fortement concentrés, surtout pour les rouges. À encaver absolument !
Votre parcours est largement ancré dans la banque, la gestion de fortune et la politique. En quoi cette expérience financière et politique constituera-t-elle un atout concret pour diriger l’IVV et répondre aux difficultés économiques de la branche ?
La finance m’a appris à faire face à pas mal de crises. Je comprends parfaitement les enjeux de trésorerie auxquels font face les caves et c’est ma priorité numéro une. La politique m’aide pour la défense professionnelle, notamment au niveau des relations avec le parlement. Ma mission est de travailler sur les conditions-cadres. Sauver toutes les exploitations ne sera malheureusement pas possible sans une réelle prise de conscience du monde politique. Les aides fédérales pour l’arrachage des vignes, par exemple, sont quasi inaccessibles en raison des contraintes administratives. Notre rôle est de travailler à l’assouplissement des bases légales avec toutes les filières de l’agriculture, car partout les coûts de production augmentent et la complexité administrative explose.

Envie de dialoguer avec Vincent Baud sur vos attentes ? N’hésitez pas à le contacter :
vincent.baud@lesvinsduvalais.ch







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