Le poisson-lion demain dans nos assiettes

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Il y a une trentaine d’années, venant de la mer Rouge et le canal de Suez, encouragé par le réchauffement climatique, le poisson-lion, appelé aussi Rascasse volante, est arrivé en Méditerranée orientale qu’il a désormais colonisée. Très vorace, il n’a pas de prédateurs. Invasif, il se reproduit à la vitesse de l’éclair, chaque femelle pouvant pondre annuellement un million d’œufs. Désormais présent aussi dans le sud de l’Italie, il poursuit sa progression vers le nord et l’ouest. La seule solution pour freiner sa croissance consiste à le pêcher… et à le manger !

Doté d’épines dorsales venimeuses, le poisson-lion, originaire de l’océan indien, a longtemps été jugé impropre à la consommation. Or il s’avère que sa chair est non seulement parfaitement inoffensive, mais aussi très fine et savoureuse, rappelant celle du mérou, de la dorade ou de la rascasse. Une fois débarrassée de ses épines, la chair de ce poisson est inoffensive et se cuisine aussi bien en filets, en tartare, en ceviche, en beignets (accras), grillée au barbecue, etc. 

Un met « touristique » à Chypre, en Grèce et en Turquie

Déjà présent dans les assiettes caribéennes et celles de Floride, à l’appel de plusieurs organisations de protection de l’environnement, et avec la complicité des pêcheurs locaux, le poisson-lion a récemment fait son apparition sur les marchés, les tavernes et les restaurants de Chypre, sur le port de Larnaca notamment ; de Grèce, en Crète, à Santorin, Naxos, mais aussi à Athènes, par exemple, ainsi qu’en Turquie, à Antalya et Kas notamment. Les touristes qui fréquentent les établissements qui l’apprêtent sont invités à le goûter. Et ils sont rarement déçus !

Contrairement au crabe bleu, une autre espèce invasive qui a envahi les marchés italiens depuis peu, le poisson-lion n’est pas encore pêché en quantités suffisantes au large de la Péninsule pour être proposé aux consommateurs sur les marchés de gros ou de détail. Mais des pêcheurs siciliens en proposent déjà parfois à la pièce. Il est cependant très probable qu’il finira par apparaître sur les marchés italiens dans les années à venir, suivant le modèle chypriote, tant sa progression est rapide. Sans-doute finira-t-il aussi, tôt ou tard, par être importé en Suisse, même si ce n’est pas dans un avenir immédiat.

Les pêcheurs chypriotes et grecs sont en première ligne pour pêcher le poisson-lion et freiner sa progression.
Dans les Caraïbes, le poisson-lion est cuisiné depuis longtemps. Ici en tartare, selon une recette du chef jamaïcain Kevin Broderic.

Savoureux, sain et bon marché

Manger du poisson-lion est un acte à la fois écologique et gastronomique. C’est l’un des rares cas où la surconsommation d’une espèce marine est vivement encouragée par les scientifiques pour sauver les écosystèmes méditerranéens et protéger les espèces locales, comme le thon rouge ou l’espadon. Très bon marché, car de plus en plus abondant, il possède une concentration en acides gras Oméga-3 supérieure à celle du vivaneau ou du mérou. En outre, contrairement à d’autres poissons, il accumule très peu de mercure. 

En attendant de le trouver un jour chez nous, les touristes qui projettent de faire un séjour en Méditerranée orientale, l’été prochain, auront peut-être l’occasion de le savourer.

Le poisson-lion (Pterois miles/volitans) est une espèce invasive dévastatrice qui déséquilibre les écosystèmes marins.
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