Nouveaux cépages De l’homologation au verre, un long chemin

Le 29 janvier dernier, Agroscope a porté sur les fonts baptismaux quatre cépages blancs et trois rouges. Leurs noms ? Florisia, Elaris, Orellis, Damona, Valpesia, Dioniso et Taranis. Ces nouveaux cépages ont été développés en partenariat avec l’INRAE, équivalant français d’Agroscope. Ils sont issus de croisements entre des variétés sélectionnées par les deux instituts pour leurs qualités œnologiques et leurs résistances. Christian Dutruy, pépiniériste à Founex, nous détaille le processus qui mènera un jour peut-être à la commercialisation des premières bouteilles.
Christian Dutruy, votre pépinière est l’une des plus importantes de Suisse, avec quelque 700 000 greffes bon an mal an, quelle est la proportion de cépages résistants que vous greffez ?
Christian Dutruy : En Suisse romande, la demande n’est pas très importante pour les cépages résistants. Cela représente entre 5 et 10% de ce que nous greffons. La demande est plus forte en Suisse alémanique.
Comment expliquer cette différence ?
Ch.D. : Les Suisses alémaniques sont influencés par l’Allemagne et l’Autriche où les cépages résistants sont plus implantés. Il y a aussi une différence qui tient à la taille des exploitations outre-Sarine qui est en général plus petite. Les vignerons suisses alémaniques ont plus l’occasion d’expliquer leurs cépages et leurs choix lorsqu’ils vendent des bouteilles. Chez nous, même si la viticulture est évolutive, il y a un attachement aux cépages traditionnels. Et de nombreuses questions se posent. Est-ce que le vin sera bon ? Qu’est-ce que cela implique pour le vigneron ? Je prends l’exemple du Divona, cépage résistant blanc, qui se vendange plus tôt. Il faut commencer à récolter pendant une période de vacances…
Quel est l’intérêt fondamental de ces nouveaux cépages ?
Ch.D. : Ce sont les résistances aux maladies, notamment à l’oïdium et au mildiou, les deux principales maladies fongiques, donc moins de traitement à la vigne, bien qu’avec le Divico par exemple, on constate, après une vingtaine d’années, une moins bonne résistance à l’oïdium.
C’est donc un pari sur l’avenir ?
Ch.D. : Oui, et le pari est aussi financier. Pour reconstituer un vignoble, l’investissement est élevé. Il faut compter environ 100 000 francs pour un hectare et un amortissement long qui s’étale sur 35 à 40 ans. Actuellement, avec l’incertitude qui plane sur l’évolution du marché du vin, liée à la baisse de consommation et à la très forte concurrence étrangère, il faut être très motivé.
À partir de l’homologation de nouveaux cépages, combien de temps faut-il compter pour avoir un vin commercialisable ?
Ch.D. : Nous avons besoin de 6 ans pour pouvoir fournir du matériel aux producteurs. Ensuite, une jeune vigne mettra encore 6 ans pour exprimer tout son potentiel.




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