Coup de chapeau à Alexandre Delétraz

Alexandre Delétraz, salué par Swiss Wine Promotion. / © Hans-Peter Siffert

Alexandre Delétraz est un Genevois de la Jonction passé par l’Ecole d’Ingénieurs de Changins et l’Ecole du Vin et aujourd’hui installé du côté de Saillon, dans le Valais. Propriétaire de cinq hectares en terrasse, il est arrivé dans la région fin 2006 et s’est distingué par son travail dès 2008. Un petit exploit pour cet enfant de la ville dont les parents étaient dans l’horlogerie et la banque.

Il se souvient que ses collègues de Fully l’ont bien accueilli. «Le milieu n’est pas fermé», dit-il. Ajouté au cadre idyllique, cette ouverture l’a séduit et il ne regrette pas son choix de vivre dans «le seul endroit en Suisse où l’on peut encore entreprendre». Et de poursuivre, «ici, avec 60 jours de soleil de plus qu’à Genève, la qualité de vie est fantastique». S’il vit pour ses vignes qui l’occupent sept jours sur sept – «comme tous les vignerons» –, il se ressource, trois semaines en hiver, au Cambodge, le pays de son épouse.

Alexandre Delétraz utilise une bonne partie de son énergie à remonter les murs de pierres sèches qui serpentent son terrain et beaucoup de temps dans sa cave à vendre ses ermitage, petite arvine, mais aussi païen et amigne. «Le travail administratif me prend aussi énormément de temps et c’est le moins passionnant», avoue-t-il.

Avec les gros investissements des débuts pour le matériel, les heures de travail supplémentaires sont le prix à payer pour faire un vin de qualité. Lors de l’inauguration de la Semaine du goût, en septembre, il s’est vu couronné «Rookie de l’année 2013», avec un confrère grison. «J’avais tout juste une petite idée de la raison de mon invitation à Berne. Etre récompensé par Swiss Wine Promotion et le Gault & Millau, en présence d’Ueli Maurer et de Josef Zisyadis, a été une vraie surprise.»

Les honneurs, Alexandre Delétraz ne les recherche pourtant pas – «il est très difficile de trouver un vin sans médaille», dit-il en plaisantant. Il a surtout à coeur d’apprendre de son terroir et d’en tirer le meilleur, pour le bien de sa famille et de ses clients. Cette reconnaissance officielle lui met toutefois du baume au coeur puisqu’elle intervient dans un contexte viticole en pleine mutation, où la clientèle des restaurants n’a plus vraiment d’habitudes en matière de vin. «Les gens zappent d’un vin à l’autre et veulent de la nouveauté», constate-t-il, regrettant l’époque où les restaurants avaient leurs stocks dans une cave et où les gens étaient moins dans l’immédiateté.

Quoi qu’en dise la sagesse populaire qui dit que «nul n’est prophète en son pays», à force de ténacité, peut-être s’imposera-t-il un jour sur les tables des établissements de son canton d’origine.

Benjamin Philippe