La 31e «marche du 1er mars» a eu des parfums d’absinthe et de torrée

©Photo Alexis Montagnat-Rentier, 2014.

Si l’an dernier, la marche du 1er mars fut un temps fort de l’année du Bicentenaire du rapprochement de Neuchâtel et de la Confédération suisse, la marche de cette année, 31e du nom, soulignait également les dix ans de la légalisation de l’absinthe.

La ville de Neuchâtel organisait  sa désormais traditionnelle manifestation républicaine, à l’arrivée de la 31e Marche du 1er mars. Etaient célébrés les dix ans de la légalisation de l’absinthe et le Festin neuchâtelois, qui aura lieu le dimanche 8 mars. Les autorités du chef-lieu ainsi que celles du canton ont l’an dernier été très satisfaites de la fusion de deux manifestations historiques du 1er mars, l’une se tenait le matin, l’autre l’après-midi, pour l’année du Bicentenaire. Aussi ont-elles encouragé la reconduction d’une fête commune. 
Deux itinéraires, similaires en termes de kilomètres, se rejoignaient à Neuchâtel; le premier, traditionnel, partait du Locle, et passait par La Chaux-de-Fonds et le Val-de-Ruz. Le second prenait son départ à la Maison de l’absinthe à Môtiers, dans le Val-de-Travers, actualité oblige. L’itinéraire faisait également passer par monts et vaux, à Boudry. Si tous les marcheurs n’ont pas pris un verre de fée verte pour se donner le courage d’affronter une météo peu propice, la plupart se sont équipés du «gobelet de la marche», décoré pour l’occasion − et consigné. Les points de ravitaillement se succédaient tout au long du parcours, mais les randonneurs étaient invités à emporter avec eux des en-cas nutritifs.
Verrée et saucisson IGP
Une fois dans Neuchâtel, et après avoir symboliquement marqué un temps au Château, comme en souvenir de la Révolution et de l’instauration de la République, les participants sont descendus au quai Ostervald pour la cérémonie avec les discours officiels. Pas moins de 23 coups de canon tonnèrent et la population fut invitée à boire un vin d’honneur. Les intrépides qui sont descendus du Locle ou de Môtiers avaient la possibilité de rentrer en train. Le billet leur était offert. Les autres s’étaient organisés pour regagner leurs pénates.
Cette année, la marche a eu comme un avant-goût du Festin neuchâtelois: une torrée, le saucisson IGP cuit à la braise, récompensait les sportifs et les locaux. Ainsi, furent réunies le temps d’une journée les deux traditions vivantes neuchâteloises, inscrites au patrimoine culturel et immatériel de la Confédération. 

Révolution pacifique
La Marche fait écho aux évènements historiques du 29 février 1848, quand les Républicains neuchâtelois, vêtus des couleurs fédérales, occupèrent le Locle. Les autorités de la ville furent contraintes d’abdiquer, les putschistes firent très vite savoir à la population qu’une révolution pacifique venait de s’accomplir. La Chaux-de-Fonds et le Val-de-Travers suivirent le soir même. Au matin du 1er mars 1848, emmenés par les officiers Fritz Courvoisier et Ami Girard, entre 500 et 600 hommes des montagnes, portant un brassard blanc, et 200 à 300 hommes du Val de St-Imier partirent de la place de l’Hôtel de Ville, alors qu’il neigeait très fort. Numa Droz, le futur président de la Confédération, racontait la scène par une formule limpide: «en moins de 24 heures d’intervalle, les lampes qui avaient servi pour la dernière séance de l’ancien régime, allaient éclairer le labeur fécond des nouveaux venus, gouvernants improvisés dont, nous allons le voir, les coups d’essai furent heureusement des coups de maîtres». Le 2 mars, le gouvernement fidèle au roi de France fut arrêté alors que ses membres s’étaient réunis chez un des leurs, à la place des Halles, à Neuchâtel.

Des récits d’aujourd’hui
En faisant traverser les six districts du canton, l’association «Marche du 1er mars» rappelait ainsi l’esprit de la révolution du 1er mars 1848, à Neuchâtel. L’autre objectif était, bien sûr, de faire vivre un dimanche convivial, à marcher et à faire de nouvelles connaissances. A l’arrivée, les affamés d’histoire pouvaient se procurer le livre Attention à la marche…, publié en 2014, qui revient sur les 30 marches républicaines. Pour recueillir d’autres témoignages de participants aux 30 marches précédentes, l’association «Marche du 1er mars» a lancé un appel à témoins via son site officiel.

Arnold Kohler

©Photo Alexis Montagnat-Rentier, 2014.