Le temps des Carnavals

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Le Carnaval marque la mort symbolique de l’hiver et la reprise de la vie. Nous avons fait le tour des cantons à la recherche de particularités locales.  

Fêté selon l’agenda catholique entre la Chandeleur et le mardi des Cendres, le Carnaval fascine les uns et repousse les autres. Le port du masque et les boissons alcoolisées désinhibent les esprits et délient les langues. Certains défilés peuvent sembler austères, et les fifres et tambours hors du temps, alors que résonnent les cuivres et percussions des cliques, parodiant des airs débridés qui feraient presque oublier les aléas du mercure. La tradition du carnaval est aussi variée que notre pays est multiculturel. 

Bienne: un carnaval biculturel réglé comme du papier à musique
D’influence germanique, le carnaval de Bienne demeure «bielingue», même si la majorité linguistique est alémanique. Ces dernières années, le carnaval s’est recentré sur le cortège de rue (particulièrement celui des enfants), au détriment des évènements diversifiés. «La participation des jeunes n’a pas souffert du digital, on note plutôt une augmentation des jeunes costumés» indique Bruno Müller, du Faschingszunft. Dans cette organisation institutionnalisée parfaite, chacun joue son rôle avec précision et rigueur, selon une hiérarchie pyramidale qui pourrait rappeler le service militaire. Composée de membres honoraires de l’organisation, la Vieille Garde Guilde a une vie associative riche. Diverses associations se partagent les tâches, certaines œuvrent sur les chars, d’autres sur la distribution de médailles estampillées, les pamphlets ou la «Guggenmusik». L’une des particularités du carnaval alémanique est celle des «Schnitzelbank», (parenté avec la coutume des «Bänkelsang» dans le Sud-Ouest de l’Allemagne), courts sketches en vers chantés en dialecte, dont les anecdotes se réservent aux initiés locaux. «Malheureusement il n’y a plus de groupe francophone qui pratique les «Schnitzelbank», regrette Bruno Müller. Autre caractéristique de nos carnavals: la «plaquette» vendue dans les quartiers passants. «Ces médailles commémoratives sont apparues dans les années 20. Faisant initialement office de billet d’entrée au cortège, elles sont aujourd’hui devenues des objets de collection» déclare Romerio Daverio, auteur d’un recueil de toutes les plaquettes du carnaval de Bienne produites depuis 1925, pour le bonheur des connaisseurs.

Bassecourt: focus sur le 60e Carnaval du Jura
Plus populaire que celui fêté à Delémont ou au Noirmont, le carnaval de Bassecourt est historiquement le premier carnaval à avoir été célébré dans le canton du Jura. 

Les festivités s’étalent du jeudi soir jusqu’au mardi suivant. Le samedi soir a lieu un cortège au flambeau avec feu d’artifice dans la symbolique du «bonhomme hiver» auquel d’autres confédérés, tels que les Zurichois, boutent le feu en avril pendant le «Sechseläuten» et prédisent la météo de l’été à venir d’après la durée du feu. A Bassecourt, le carnaval mobilise davantage d’adeptes le vendredi pour l’ouverture officielle ainsi que le concours de masques qui se déroule dans tout le village, puis samedi et mardi avec les soirées dansantes dans divers établissements, qui se terminent aux aurores avec une soupe à l’oignon ou les délicieuses pâtisseries de la boulangerie locale. «Les cliques sont essentielles pour les restaurateurs locaux» déclare le président du comité d’organisation Fred Lachat. «Le fait de visiter les restaurants disposés à les accueillir est un gage de réussite commerciale. Le dimanche est le jour du cortège qui, pour son 60e anniversaire, se devait d’être plus beau, avec un itinéraire étendu pour voir défiler non moins de 18 chars et 17 cliques.» nous confie-t-il. La météo capricieuse a toutefois démotivé les plus frileux, offrant aux visages grimés une bise glaciale agrémentée de pluies. La fête s’est poursuivie jusqu’au petit matin par une grande soirée gratuite avec un concert des cliques et la raclette de jubilé. 
«Le Coq» est le journal satirique de Bassecourt, dans lequel les perles des habitants sont consignées durant toute l’année, puis publiées à l’occasion du carnaval. «Ma seule consigne à la rédaction est de ne pas tomber dans la méchanceté gratuite» insiste Fred Lachat. On lit et on rit en famille, car dans la communauté de communes Haute-Sorne (env. 7000 habitants), tout le monde se connaît.

Lötschental: les masques de sorcières envahissent les rues
En Valais, les villages et vallées voient se réactiver des coutumes et des traditions séculaires; à l’image peu romande mais non moins fascinante de celle des masques en bois typiques qui décorent les carnotzets pendant le reste de l’année. Pour le carnaval de la vallée de Loèche, les «Tschäggättä» (sorcières), les «Sunnetreelleta» et autres personnages traditionnels prennent vie et investissent les rues, avec pour mission de chasser l’hiver et d’éloigner les démons. Outre les fameux masques façonnés à la main, le costume des Tschäggättä consiste par ailleurs à enfiler des vêtements retournés, coutures vers l’extérieur, et des peaux de chèvres ou de moutons ceinturées d’une cloche. Spectacle garanti!

Sandy Métrailler